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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 09:31

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La troisième république, une république libérale ? Cela peut surprendre tout d’abord, mais il faut s’éloigner des apriori actuels sur le libéralisme, le libéralisme de la IIIème république est un libre-échangisme lié à une conception libérale de la démocratie, une république bourgeoise selon la dénomination marxiste. En de nombreux points la IIIème république est la continuation de l’idéal de 1789 tempéré par l’expérience et les contingences historiques. Cette troisième république va essayer de mettre en place les droits énoncés dans la DDH de 1789.

Suffrage universel et instruction publique

En 1789 le suffrage universel n’est pas à l’ordre du jour mais il est tout de même débattu, pour beaucoup de penseurs des lumières, il y avait une crainte des masses, en particulier des masses ignorantes, par conséquent dès le début de la révolution, la question de l’instruction se lie avec la question du suffrage des citoyens. Le citoyen doit pouvoir faire appel à sa raison pour devenir un électeur éclairé, cette idée forte se retrouve chez Condorcet « Le but de l’instruction n’est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capable de l’apprécier et de la corriger. » mais aussi Lakanal. Ce dernier était convaincu que le premier article de la DDH resterait lettre morte sans une instruction publique : « L'analyse seule est capable de recréer l'entendement, et la diffusion de sa méthode détruira l'inégalité des lumières. » Cependant que cette instruction publique est encore en discussion, le suffrage universel est établi en 1792 mais utilisé qu’une fois dans des conditions sombres. Ce suffrage universel est vite remis en cause par la constitution de l’an III, l’assemblée, la chambre basse est même contrée par une chambre haute : « Il faut opposer une digue puissante à l’impétuosité du corps législatif, cette digue, c’est la division des deux Assemblées ».

Ces idées fortes sur l’importance de l’instruction publique vont durablement marquer les libéraux français en particulier chez Constant : « la perfectibilité de l’espèce humaine n’est autre chose que la tendance vers l’égalité. Cette tendance vient de ce que l’égalité seule est conforme à la vérité. L’inégalité est ce qui seul constitue l’injustice. Toutes les fois que l’homme réfléchit, et qu’il parvient par la réflexion, à cette forme de sacrifice qui forme sa perfectibilité, il prend l’égalité pour point de départ ». Constant lie le retour à l’égalité naturelle au progrès de la réflexion de l’Homme. Quand l’égalité naturelle sera rétablie le suffrage universel sera possible.

En 1848, le suffrage universel est établi contre l’avis d’une bonne partie de la gauche qui pense à juste titre vu la victoire du parti de l’ordre que la masse paysanne peu instruite est conservatrice. D’ailleurs Proudhon « ce grand socialiste et ce grand libéral » disait Jaurès, le dit d’une manière lapidaire, « la démocratie, c’est d’abord la démopédie », c'est-à-dire l’instruction du peuple.

C’est pourquoi au cours de leurs passages au pouvoir les libéraux vont améliorer progressivement le système d’instruction.

Guizot -1832- Création des écoles communales, du corps des instituteurs, du corps d’inspection, des écoles normales.

Duruy – 1868- Création des écoles communales de filles, création de la caisse des écoles (organisme pour gérer les bourses).

Au début de la troisième république le suffrage universel réel s’installe de manière définitive (bien que seulement masculin), mais Gambetta dès le début reprend à son compte la préoccupation de Proudhon, il faut une véritable démopédie, ce qui amènera aux lois Ferry sur l’instruction primaire gratuite obligatoire, auxquelles un Duruy vieillissant participe.

Il est intéressant de revenir sur le terme instruction plutôt qu’éducation. Dans un débat qui oppose dès 1791 les « condorcétiens » et les « spartiates » qui oppose d’une part une instruction publique émancipatrice et universaliste, et une éducation nationale intégratrice et patriotique, la troisième république va choisir une voix médiane. La troisième république choisit d’abord la conception de Condorcet ce que lui reproche dès 1873 Quinet, le vieux républicain quarante-huitard :  « Vous créez ce que vous appelez l’enseignement du peuple, mais vous n’oubliez qu’une chose, qui est d’y mettre une âme. » . Buisson l’homme de l’ombre et véritable créateur de l’école républicaine va alors chercher à donner une âme à cette instruction. Il s’efforce de combiner le rationalisme qui sous-tend l’instruction publique avec l’enthousiasme qui imprègne l’éducation nationale. Les pères de l’école de la Troisième République considèrent que l’universalisme de l’un n’est pas exclusif du patriotisme de l’autre – la conscience de l’universel empêchant, dans cette perspective, un patriotisme ouvert de sombrer dans un nationalisme par nature exclusiviste.

En voulant combiner instruction publique et éducation nationale, l’école de la Troisième République offre le modèle d’une éducation libérale nationale et morale. Éducation car elle dépasse l’instruction en ce qu’elle entend former l’homme tout entier ; éducation libérale car a-dogmatique et séparée autant que possible des pouvoirs politique et religieux : elle tend à l’autonomie ; éducation nationale car l’école forme des citoyens critiques et patriotes ; éducation morale car elle doit donner foi au devoir."

 

Emmanuel Palesi pour le MRC, comité de Marseille

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